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Archive for avril 2012

En attendant de pouvoir habiter notre appartement, mes beaux-parents m’accueillent dans leur maison à Långgarn – prononcer « long-gorn » –  une des nombreuses îles de l’archipel de Stockholm (un peu plus de 22 000 tout de même dont beaucoup sont inhabitées).

Même pour des Suédois, ce mode de vie insulaire est assez inhabituel, surtout pour des personnes qui travaillent encore (jusqu’à 65 ans…). Après avoir acheté dans les années 90 une maison d’été sur cette île, ils ont décidé d’y habiter en permanence depuis 2006 en remplaçant ce qui était en réalité ni plus ni moins qu’une cabane par une véritable villa.

Mon beau-père a construit lui-même deux annexes à leur maison principale et j’occupe actuellement l’une d’elles, on peut en voir le toit sur le bandeau de ce blog.

Ce mode de vie assez original oblige à prendre le bateau chaque jour pour traverser les trois kilomètres de mer baltique qui nous séparent du continent. C’est sympa quand il fait beau, moins drôle quand il neige, pleut ou vente (parfois les trois en même temps) et carrément délicat par temps de brouillard ou lorsque la glace se forme.

A Langgårn, pas de voitures, on se déplace sur les chemins de terre en voiturette de golf électrique pour les plus écolos ou en quad pour les plus sportifs. Lorsque tombe la neige, il faut sortir la pelle ou mieux encore, le mini chasse-neige motorisé investi par mon beau-père et qui simplifie bien les choses quand il tombe 30 cm en une nuit.

Il y environ une centaine de maisons et cabanes d’été dont beaucoup n’ont pas d’électricité et ne sont occupées que quelques week end l’été. Il n’y a aucun commerce ni liaison régulière en bateau mais tout de même l’Internet à haut débit.

Seules quatre familles habitent ici toute l’année, on ne ferme pas à clef et tout le monde se donne un coup de main si besoin. L’hiver complique les choses quand la mer gèle et que le bateau ne passe plus mais que la glace n’est pas encore assez épaisse pour y rouler dessus en voiture – véridique !

Une alternative à l’aéroglisseur : l’hydrocoptère, peu commun en France il faut bien le dire !

C’est le moment de sortir l’aéroglisseur (oui oui…) qui permet d’être autonome en toute saison. Comme mes beaux-parents travaillent, ils font ce trajet chaque jour de la semaine.

L’aéroglisseur familial à la manoeuvre

Après cinq minutes de voiturette, il faut compter 20 minutes pour démarrer le bateau, naviguer puis l’amarrer et marcher sur la jetée jusqu’à la voiture qui après 15 minutes arrivera à la gare du RER local qui 42 minutes plus tard me déposera près du bureau que je rallierai après 10 minutes de marche.

Bateau-boulot-dodo

Pas beaucoup plus long que beaucoup de banlieusards parisiens mais quand même plus exotique…

A la manœuvre…6h15 du matin

Par ailleurs, les autorités locales sponsorisent un programme « Gardons l’Archipel vivant » qui vise à encourager les personnes qui le souhaitent à y vivre toute l’année par la possibilité de prendre en hiver trois fois par semaine un hélicoptère pour 16 euros par trajet (contre 600 euros au tarif non sponsorisé…) ! Il se pose ensuite à convenance sur le port en face de l’île, à côté du centre commercial ou en bordure de la vielle ville…incroyable mais vrai !

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L’immobilier suédois obéit à des règles très différentes de la France. En quelques mots, voici les points majeurs :

  • La profession d’agent immobilier est bien plus réglementée qu’en France car il n’y a pas de notaire…tout est géré par l’agent qui se fait rémunérer par le vendeur à hauteur de 4% en général. Ces frais comprennent aussi une indispensable prestation de « home staging » pour préparer la prise de photos en retirant la plupart des effets personnels et en disposant astucieusement quelques accessoires choisis du genre bouteille d’huile d’olive dans la cuisine, tapis et serviettes coordonnés dans la salle de bains…

    Une cuisine suédoise typique

  • Il n’y a pas de droits de mutation (les fameux « frais de notaire »), le prix d’achat est donc net pour l’acheteur.
  • L’électroménager fait partie de l’appartement. Lave-vaisselle, lave-linge, sèche linge, four, réfrigérateur et congélateur sont présents à l’emménagement !
  • Comme en France, on repère d’abord les biens sur le site Seloger.fr local qui s’appelle www.hemnet.se . Les annonces sont très complètes avec en géneral dix à vingt photos et les plans en 2D et 3D ainsi que toutes les informations relatives aux charges. On peut simuler les mensualités avec des liens vers les principales banques…bref, dix ans d’avance sur la France si on pense au temps que font perdre les agents immobiliers avec leurs annonces cryptiques et incomplètes illustrées parfois d’une simple photo des parties communes…
  • L’agence organise  un créneau fixe de visite, généralement le samedi ou le dimanche. Inutile d’appeler avant, vient qui veut. Une fois sur place, l’agent vous accueille, note votre numéro de téléphone et vous invite à enfiler de charmantes surchaussures de couleurs criardes avant que vous puissiez déambuler librement dans l’appartement au milieu des autres visiteurs…

    Le bassin sur la rivière Bällstaån avec quelques anneaux pour les bateaux de passage, vu depuis le jardin de notre immeuble

  • Le lundi, on vous rappelle pour connaitre votre sentiment. Il faut alors communiquer une promesse de prêt de la banque avant de pouvoir faire une offre formelle d’achat, évidement sans dépasser la promesse de prêt. Cela évite de faire perdre du temps à tout le monde.
  • Le prix affiché peut bien entendu donner lieu à une offre moins-disante (ce fut notre cas).
  • Si deux ou plus potentiels acquéreurs remettent des offres, une enchère publique est mise en place sur Internet avec info en temps réel par SMS. On répond directement sur son télephone portable…j’ai eu du mal à le croire au début. Jusqu’à 2011, le marché très dynamique à Stockholm voyait généralement les prix dépasser celui affiché. Toutefois, en 2012, la presque totalité des appartements est proposée en « accepterat pris », ce qui veut dire que la vente se fait immédiatement si l’acquéreur offre le prix demandé.
  • Nous avons visité notre appartement le dimanche après-midi, fait une offre le mardi matin, négocié durant la journée et conclu la vente le soir même, 72 heures après notre première visite ! Nous avons envoyé par scan le mardi à l’agent immobilier un pouvoir pour que ma belle-soeur puisse signer les papiers (un total de 22 pages exactement…) le lendemain au bureau de l’agent immobilier. Le versement par virement bancaire de 10% du prix d’achat dans les sept jours suivants a confirmé la vente. Nous emménageons le 2 mai 2012.

Derrière cette image d’efficacité qui rend le système notarial français très poussiéreux, il y a quand même une face cachée.

Ainsi, au-delà du processus d’achat, il subsiste de grandes différences s’agissant des appartements qui appartiennent toujours à une sorte de SCI à laquelle il faut régler des charges mensuelles assez élevées (400 à 500 euros) mais qui comprennent par exemple l’accès à Internet, le chauffage, les provisions pour les travaux de ravalement de façade et autres…

Il n’est pas possible de louer à un tiers plus d’une année l’appartement dont on est propriétaire pour ne pas entrer en conflit avec les règles alambiquées du curieux système locatif suédois. Par ailleurs, il faut demander à la SCI une autorisation pour faire chez soi certains travaux comme changer le revêtement de sol.

La différence fondamentale concerne le financement du bien. Là où en France la résidence principale ne peut être financée que par un prêt amortissable dans lequel la mensualité sert à payer les intérêts et rembourser le capital, les Suédois fonctionnent différemment.

La loi oblige un apport en cash de 15% du prix d’achat bien que certaines banques offrent discrètement la possibilité d’emprunter plus de 85%.

Les 85% restant se décomposent en deux parties, la première qui fait 10% est appelée « topplån », c’est la partie qu’il faut obligatoirement amortir sur 15 ans. Les 75% restant sont le « Bottenlån » qui n’est en général pas amorti car financé par un prêt dit in fine c’est à dire dans lequel on ne paye que les intérêts, le capital étant remboursé lors de la vente pour laquelle une plus-value est espérée. En clair, on est propriétaire  mais on loue son logement à la banque.

Comme il est possible de déduire de ses revenus 30% des intérêts, les Suédois ne sont pas inquiets, d’autant que le prêt in fine permet une capacité d’emprunt bien plus importante. La preuve, les banques m’ont proposé d’emprunter jusqu’à 400 K€ sur la seule base des mes revenus. C’est plus du double du standard des banques françaises.

La conséquence est que les Suédois sont très endettés, avec une accélération ces dernières années. Par ailleurs, cela m’a permis de reconsidérer le haut standard de logement qui est en fait basé sur un important endettement.

Et nous avons rejoint le système à notre tour…

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Les Suédois adorent la musique et poussent volontiers la chanson même si souvent, les textes sont un peu simples et que la musique et le rythme priment souvent sur les paroles.

Toutefois, Ulf Lundell a écrit en 1982 une chanson intitulée « Öppna Landskap » [Les grands paysages] qui résume très bien la Suède et les Suédois, à tel point que nombreux furent ceux qui souhaite qu’elle devienne l’hymne national. C’est un peu comme si « Nationale 7 » de Trenet remplaçait la Marseillaise…

Je trouve que la mélodie n’a pas trop vieilli et qu’elle décrit assez précisément les aspirations de bon nombre de Suédois. Morceaux choisis :

Jag trivs bäst i öppna landskap,nära havet vill jag bo,
[je me plais le mieux dans les grands paysages, près de la mer, c’est là que je veux vivre]

…när det är långt till närmsta hus.
[ quand la plus proche maison est loin]

när man sitter under stjärnorna, kan höra festens skratt.
[quand on s’assied sous les étoiles, qu’on entend les rires de la fête ]

Et la dernière, qui me fait toujours bien rire 🙂

Där bränner jag mitt brännvin själv, och kryddar med Johannesört
[C’est là que je distille mon alcool moi-même et que je l’aromatise au millepertuis]

Pour celles et ceux qui voudraient écouter le « vrai » hymne national de la Suède, Du Gamla du Fria chanté par l’inoxydable Carola, c’est ici :

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Ça y est, j’ai plongé dans le grand bain cette semaine et commencé mes nouvelles fonctions par trois jours d’introduction au siège nordique de ma société qui se trouve à Malmö, en face de Copenhague dans le sud de la Suède.

Trois journées bien denses entre les traditionnelles rencontres pratiques tout d’abord avec les interlocuteurs RH et informatique puis avec les responsables des activités achats, qualité, sécurité, ingénierie, ventes et logistiques.

Après plus de sept ans au sein de la direction commerciale, je suis désormais rattaché au directeur marketing de la zone nordique.

J’ai pu tester mon suédois au contact de ces différents interlocuteurs, pas toujours avec le plus grand succès avec les Danois il faut bien le dire, je n’ai pas saisi grand-chose et nous sommes repassés à l’anglais, une alternative bien pratique. Selon ma compréhension de l’accent de mes interlocuteurs et le vocabulaire utilisé, nous avons pratiqué le suédois de 50 à 100% du temps.

De façon générale, je peux lire la surprise dans les yeux de mes interlocuteurs, il est vrai que les Français suédophones avant leur arrivée dans la zone se compteraient sur les doigts d’une main sévèrement amputée…

Je suis ressorti bien fatigué de ces trois jours, les changements de langues (mon chef est francophone et raffole de profiter de ma présence pour pratiquer son français) requièrent une véritable gymnastique intellectuelle.

De retour à Paris, le vendredi étant férié en Suède, j’ai fait un A/R express dans le Finistère pour présenter mon collègue Xavier à mon interlocuteur achats au sein de l’empereur du steak haché en ses locaux de Quimperlé. J’ai bien savouré la galette arrosée de cidre que nous avons dégusté après le rendez-vous, je risque de devoir attendre un peu avant la prochaine…

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Quelques éléments de vocabulaire et de géographie. Quand je parle de la zone nordique qui est mon nouveau terrain de jeu, je fais référence à quatre pays : le Danemark, la Suède, la Norvège et la Finlande. A eux quatre, ils représentent un peu plus de deux fois la superficie de la France.

C’est l’échelon retenu par ma société pour les opérations dans ces pays, aucun d’entre-eux n’ayant une masse critique suffisante pour justifier d’être une filiale isolée.

Attention, il y a des subtilités. Ainsi, la Finlande ne fait pas partie de la Scandinavie et la Norvège n’appartient pas à l’Union Européenne mais malgré tout à l’espace Schengen. Du mal à suivre ? C’est simple, c’est l’inverse de la Grande-Bretagne qui est dans l’UE mais pas dans Schengen, d’où les contrôles aux frontières chaque fois que vous franchissez le channel.

La Finlande mise à part, les Scandinaves partagent pas mal de traits communs ainsi que les mêmes racines linguistiques (un Suédois et un Norvégien se comprennent facilement, c’est un peu moins vrai avec les Danois).

Du côté de la géographie, les contrastes sont forts entre le Danemark à la densité de population supérieure à la France (126 habitants par KM2 contre 116 dans l’hexagone) et les autres pays.

La Suède se traîne à 20 habitants par KM2 tandis que la Norvège et la Finlande sont aux alentours de 15 habitants par KM2 ! Autant vous dire qu’on aime prendre ses aises ici et que la place n’est pas un problème !

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