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Archive for juin 2012

Ragga-quoi ?

Bon, maintenant que l’article « sérieux » sur Midsommar est paru, j’entame une série plus amusante sur la Suède qui cache bien son jeu, celle où les filles ont les cheveux couleur huile de vidange et où même les animaux sauvages sont sujets à l’ivresse…

Lors de ma première visite en Suède début 2005, un blanc manteau recouvrait toute la Scandinavie, retardant ainsi inconsciemment  ma découverte du mouvement Raggare de quelques mois. En effet, ce phénomène local dont j’ignorais tout ne donne sa pleine mesure qu’une fois l’été venu.

Plus tard en juillet, alors que nous roulions paisiblement à une vitesse plus que légale, une Chevrolet Impala nous dépassa à assez vive allure. Je ne me souviens plus si j’ai alors été plus choqué par l’apparition de cette vénérable voiture américaine des années 50 au milieu des Volvo break que par le bel excès de vitesse.

La belle image d’un véhicule d’époque fendant l’air de ses chromes véritables était toutefois assombrie par le fait que la banquette arrière de la Chevrolet était occupée par trois énergumènes dument tatoués, bardés de cuir et sirotant de la bière.

Je venais tout simplement  de voir ma première « Raggabil », c’est-à-dire la voiture d’un Raggare, terme légèrement péjoratif qui désigne le Jacky local, adepte de voitures « tuning ». Les anglo-saxons parlent tout simplement de white trash.

Deux beaux Raggares

Si l’on en croit la page suédoise de Wikipedia, le mouvement Raggare est une sous-culture principalement diffusée dans les zones rurales et les petites villes. Il s’organise autour des voitures américaines des années 50 à 70, souvent remplacées par des ersatz européens (Opel et Mercedes) déguisés faute de moyens.

C’est typiquement le passe-temps de types pas très futés qui n’ont rien à faire des longues nuits d’hiver, surtout dans le Nord de la Suède où le soleil ne se lève pas du tout en Décembre :).

On reconnait facilement le Raggare à ses attributs :

Sa voiture bien sûr…et le choix subtil de son proche entourage

La grosse paire de dés en peluche et le Wunderbaum (sapin magique) senteur vanille qui pendouille du rétroviseur en multiples exemplaires. St-Otto est optionnel

Le drapeau des états confédérés (signe de ralliement à connotation fortement raciste des états du Sud des Etats-Unis faut-il le rappeler…)

Attention, contrairement à son cousin du Pas-de-Calais, le Raggare ne s’épuise pas dans la quête éternelle d’un caisson de basse rivalisant avec le bruit d’un réacteur de Mirage 2000 ni dans de louches bricolages pour tenter de donner à sa 206 diesel les performances d’une Formule 1.

Une vielle Américaine dans laquelle ses copains pourront boire de la bière et occasionnellement forniquer avec une accorte Raggarette sur la large banquette arrière suffit au bonheur du Raggare.

Bien entendu, de grandes messes du style Raggare sont organisées un peu partout en été et permettent de quitter le  bled paumé où vit habituellement le Raggare.

Le pèlerinage Raggare : le Power Big Meet…tout un programme !

Ceci dit, on reste en Suède. Si le Raggare enfreint volontiers pour une courte durée les limitations de vitesse, jamais le conducteur ne conduira sous l’influence de l’alcool…

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Je ne peux décemment pas passer sous silence ce qui s’est passé ce 22 juin, la célébration du jour le plus long de l’année (equinoxe d’été) qui porte le doux nom de Midsommar.

Midsommar, c’est après Noël la plus grande fête de l’année, sans cadeaux cette fois-ci. Pour les touristes qui ne connaissent personne, c’est juste le pire moment pour visiter la Suède car tout le monde a rejoint la campagne ou l’archipel et même IKEA est fermé, oui, vous avez bien lu ! Au pays où  les grands magasins sont tous ouverts chaque dimanche, c’est tout sauf symbolique.

Je ne m’étendrai pas sur les origines de Midsommar, tout est expliqué ici . Retenez juste que c’est une fête païenne très ancienne et qui date largement d’avant la naissance du Christ.

Tout commence au début de la semaine, les conversations de la pause café s’orientent vers la fête à venir. Chacun est prié de décliner où et avec qui il entend célébrer. Plusieurs écoles s’affrontent autour des deux questions principales : en famille ou avec des amis / dans l’archipel ou à la campagne (partout sauf en ville !). On remarque que les horaires de travail s’allongent imperceptiblement pour anticiper le départ du jeudi.

Le mercredi, les Suédois font le plein et dévalisent consciencieusement les magasins, surtout le Systembolaget qui détient l’exclusivité des ventes d’alcool pour toute boisson plus forte que 3,5%. J’y reviendrai dans un futur post.

Le jeudi, la tension monte, le déjeuner déjà rapide habituellement est expédié en deux temps trois mouvements. Dès 15h, les collègues défilent devant ma porte pour me saluer de l’inévitable « Glad Midsommar ».Je rejoins moi aussi le mouvement direction Långgarn. Dans notre quartier, les retardataires chargent le coffre des Volvo de victuailles, surtout liquides. Les routes sont presques désertes à Stockholm alors qu’il est à peine 17h, l’heure de pointe est déjà passée.

Arrivé au port, c’est l’effervescence avec des voitures et des bateaux dans tous les sens, chacun entassant les provisions direction les îles de l’archipel de Stockholm.

Le vendredi est férié en Suède, c’est Midsommarafton (par opposition au samedi qui s’appelle Midsommardagen).

Dès le vendredi matin, chacun s’affaire à préparer la fête qui va battre son plein l’après-midi. Le plus important est de décorer avec des feuilles et des fleurs fraîchement cueillies le mat de Midsommar qui sera dressé au centre d’une clairière.

Le repas du midi fait une large place aux harengs marinés sans lesquels une fête ne saurait être complète en Suède. Les mélanges les plus classiques (moutarde, crème aigre…) se complètent ces dernières années par des innovations plus contemporaines, vodka et citron vert par exemple.

On retrouve bien sûr les inévitables boulettes de viande maison, les pommes de terre nouvelles, le saumon sous toutes ses formes (fumé à froid et à chaud, mariné…) ainsi que de petites saucisses au faux air de boudin antillais appelés « Prinskorv ».

Pour arroser cette grande oeuvre gastronomique, la bière coule à flots ainsi que le « nubbe », surnom affectueux pour les eaux de vie suédoises aromatisées à l’aneth, au cumin ou au fenouil…

Personne dans ma belle famille n’aime vraiment cette dernière délicatesse mais tout le monde respecte la tradition qui veut qu’on chante un court refrain entre chaque gorgée.

Cette année, même Linda n’a pas pu y couper du fait de sa grossesse, une âme généreuse lui ayant offert des versions sans alcool malheureusement laissées au congélateur toute la nuit avec le résultat que vous pourrez découvrir ci-dessous…

Après les agapes, il est temps de rejoindre la fête et de danser autour du mat, adultes comme enfants, au son du violon qui joue « små grodorna », signal qu’il est temps de danser en minant une grenouille tout en croassant (et croyez moi, ce n’est pas si simple après un repas bien arrosé).

Une fois la danse terminée, on retombe dans une ambiance bon enfant de fête de village autour des stands où petits et grands testent leur adresse au tir à la carabine (pour gagner dans l’ordre, whisky, vin et bière…) ou à l’anéantissement d’une pyramide de boites de conserve vides.

Le soir, les survivants rejoignent les festivités nocturnes qui reprennent façon bal du 14 juillet.

Bien entendu, la pluie est souvent de la partie, à tel point qu’on parle ici de « temps de Midsommar » pour décrire un mélange de soleil et d’épisodes pluvieux, si possible pile au moment où dansent les petites grenouilles…

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A la lecture des articles précédents, vous avez pu penser que je vivais une véritable lune de miel avec la Suède. Et encore,  je n’ai pas encore écrit ceux sur Midsommar, le magnifique archipel de Stockholm, la petite enfance et j’en passe…

Et bien, si lune de miel il y a eu, elle vient de se terminer brutalement.

Quelques mots pour commencer. Le quartier où nous habitons est très récent, les premiers immeubles dont le nôtre sont sortis de terre en 2011, la dernière tranche sera terminée l’année prochaine.

Notre immeuble côté rivière

A part quelques immeubles en voie d’achèvement dans le voisinage, nous ne souffrons pas des travaux de construction qui se poursuivent à quelques centaines de mètres. Tout au plus, une pelleteuse s’engage de temps en temps dans notre rue pour finaliser les futures pelouses qui bordent la promenade au bord de la rivière Bälstaån (pas de panique, ça se prononce Belle-sta-aune).

Pour permettre le passage de ces engins, il est interdit de stationner dans la rue principale. Le Français moyen déduira que cette interdiction – qui en soit est déjà insupportable à cet être épris de liberté – est levée le samedi et le dimanche vu que les travaux cessent le vendredi midi.

Cruelle erreur ! La ville de Stockholm a en effet délégué à Securitas (société suédoise qui se revendique « leader mondial des solutions de sécurité par agents ») la verbalisation des contrevenants.

Fort de cette prérogative régalienne,  les agents patrouillent le quartier, principalement pour dissuader les vols de matériaux sur les immeubles en chantier mais aussi pour infliger des contraventions aux véhicules en défaut de stationnement. Comme ils ont un bonus par PV, leur motivation est assurée !

Ce dimanche matin, il pleuvait à verse  et bon nombre de véhicules étaient également garés dans la rue, nous procurant un dangereux sentiment de sécurité.

Côté rue – Elle vous semble mal garée cette belle Skoda verte ?

Profitant de l’heure du déjeuner, en six minutes, entre 13 :01 et 13 :07 pour être exact, le pare-brise de la belle Skoda (saviez-vous que ce mot veut dire « dommage » en tchèque ?) prêtée par mes beaux-parents s’est vu affublé d’un ticket jaune fait d’un beau papier thermo-imprimé et résistant à l’eau.

La douloureuse…

Le temps que je m’extasie sincèrement sur cette réussite technologique de l’industrie papetière suédoise, Linda m’a annoncé le montant exorbitant de 650 couronnes soit 73,5 euros au cours du jour…les Britanniques utiliseraient volontiers ici l’expression « eye-watering » difficilement traduisible mais que j’aime beaucoup.

Dur quand on sait que le même délit ne coûte que 17 euros en France.

Et Securitas est malin, la position des valves sur les pneus du côté droit est notée sur le PV pour vérifier que le véhicule n’a pas été bougé. L’agent prend également une photo du véhicule en cas de contestation.

En bon Français ayant vécu à Paris, le premier réflexe est de se demander comment éviter de payer, si possible en laissant traîner le PV dans un tiroir. Après quelques minutes de réflexion, la réponse est rien.

Quel passe-droit espérer dans ce pays où une commissaire de police doit payer une amende pour excès de vitesse commis avec un véhicule de service alors qu’elle ne pouvait justifier d’une intervention urgente ?

Il ne reste donc plus qu’à payer la douloureuse par virement bancaire, pas moyen ici de dire que la lettre avec le timbre-amende s’est perdue ! D’ailleurs, si on dépasse les huit jours, le PV est transmis à Kronofogden, l’agence nationale de recouvrement des dettes. Et là, gare à la saisie sur salaire.

Dommage en effet…

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Lors de mes allers et retours avant le déménagement, nombreux sont les amis et collègues à m’avoir demandé si mes journées au bureau étaient très différentes de celles en France.

La réponse est oui, sans aucun doute.

Il existe en Suède moins de contrats de travail différents qu’en France, la distinction CDI vs. CDD, intérim…n’a pas vraiment lieu d’être. N’étant pas expatrié, mon CDI français s’est terminé au profit d’un contrat de droit local suédois sans durée déterminée.

Il s’agit d’un contrat très classique prévoyant 40 heures par semaines et 30 jours de congés par an. Je disposerai également en 2013 de cinq jours de congés supplémentaires qui s’apparentent aux jours de RTT français.

Il existe une convention collective comme en France et les négociations de salaires sont organisées par branche et par entreprise. Des syndicats très représentatifs (près de 80% de la population active est membre d’un syndicat) défendent le point de vue des salariés, privilégiant le dialogue et la recherche d’un consensus plutôt que le bras de fer. La grève – très rare – intervient en dernière extrémité lorsque tout a échoué, elle ne se décide pas à la légère car les syndicats doivent alors prendre en charge la perte de salaire subie par les grévistes !

Le bureau de Stockholm, situé précisément à Sundbyberg, est une petite agence locale où ne travaille qu’une quinzaine de personnes. Nous louons un simple étage dans un immeuble de bureau, inutile de dire qu’on ne se marche pas dessus. Chacun dispose de son bureau individuel.

Le bureau...

La journée commence tôt, tout le monde est opérationnel à 8h du matin mais la plupart arrive un peu avant 7h30, tant par habitude que pour éviter les bouchons du matin, bien que ces derniers ne soient pas bien méchants pour qui a connu la région parisienne. J’ai avancé mon horaire parisien habituel et suis en général là entre 7h30 et 7h45.

A 9h30 et 14h30 intervient l’inévitable « fikapaus », autrement dit la pause café. Dans un petit bureau comme le mien, elle rassemble la plupart des collègues pendant 10 minutes durant lesquelles on se pose dans les canapés une tasse à la main pour commenter l’actualité comme dans toutes les entreprises du monde.

Il existe une subtile diplomatie de la pause café, selon la personne qui l’initie ou la termine, qui y participe systématiquement ou pas…Avoir appris le suédois m’est très précieux pour partager ces moments de convivialité durant lesquels j’ai glané un grand nombre de bons conseils. On comprend aussi mieux la société suédoise et ses préoccupations du moment, pas toujours les plus dramatiques il faut bien le dire (la Suède va-t-elle battre une fois de plus la Finlande au hockey sur glace ? Sur quel pays parier pour la finale de l’Eurovision ?…).

Fikapaus un vendredi après-midi (avec des gâteaux défiscalisés)

Le vendredi, mon entreprise offre le gâteau, un avantage inscrit dans le règlement intérieur ! Précision importante, c’est un gâteau défiscalisé, histoire de ne pas gâcher l’appétit en pensant que chaque bouchée est taxée à 55%…

A 11h20 précises, c’est le départ pour déjeuner à l’extérieur dans un des nombreux restaurants des environs. Le choix est vaste avec une prédilection pour la cuisine asiatique (le thaï est très populaire) ou le husmanskost suédois, c’est-à-dire les plats traditionnels comme ceux servis chez IKEA, notamment les fameuses boulettes de viande.

Pour un Français, le déjeuner suédois est un véritable défi. Après avoir marché cinq-sept minutes jusqu’au restaurant, on entre, paye immédiatement au comptoir et passe commande parmi les quelques plats du jour avant de s’assoir et d’entamer sans délai une petite assiette de crudités à prendre soi-même à l’incontournable salad bar. Aussitôt servi, il faut se dépêcher d’enfourner son plat principal car de l’arrivée dans le restaurant à sa sortie, il ne s’écoulera que vingt à vingt cinq minutes ! Le tout coûte de 70 (7,75€) à 80 SEK (8,9€) que l’on peut payer avec les tickets restaurants locaux, fournis par l’inévitable groupe Accor (cocorico). L’entreprise prend en charge la moitié du prix mais les impôts s’invitent  au passage, ce qui fait au final une simple remise de 20%, snif !

Il est bien entendu possible d’éviter le restaurant en profitant de la cuisine pour réchauffer le tupperware (matlåda) qu’on se sera préparé la veille. Notre siège compte six micro-ondes pour une centaine de salariés, pas mal pour garantir une bonne productivité !

La cuisine du siège et ses six micro-ondes

Les entreprises ont par ailleurs l’obligation de proposer un espace pour déjeuner, cela participe de façon évidente à la qualité de vie au bureau.

Le coin déjeuner/détente du bureau

La première règle du règlement intérieur suédois de mon entreprise interdit de travailler sous l’influence de l’alcool, ce qui est très strictement interprété ici. Jamais de bière, vin ou cidre pendant le repas donc mais de grandes cruches de jus d’airelle dilué ou d’eau fraîche dans laquelle surnagent quelques rondelles de citron ou de concombre (si si !).

De retour au bureau vers midi, on se remet au travail immédiatement jusqu`à la prochaine « fikapaus » de l’après-midi.

Et entre 16h30 et 17h, c’est le départ pour tout le monde, employés comme les grands et petits chefs. Il est possible aussi de partir un peu plus tôt le vendredi, vers 15h en général, si on a bien pris soin de dépasser un peu les 8h réglementaires les autres jours de la semaine.

J’apprécie énormément ce nouveau planning qui me laisse presque la possibilité d’avoir une deuxième journée pour par exemple aller courir une heure avant de tranquillement rentrer préparer son dîner ou faire quelques courses. Dans quelques mois, ce sera pour chercher ou déposer notre fils à la crèche…

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