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Ma femme m’a encore fait découvrir un truc typiquement suédois que j’imagine mal ailleurs.

Je m’explique, le congé parental suédois durant fréquemment un an ou plus, les jeunes parents suédois sont confrontés à une multitude de problèmes que leurs homologues français évitent grâce à la crèche ou à l’assistante maternelle.

Par exemple, que faire des longues journées d’hiver lorsqu’il fait déjà nuit à 15h et qu’il pleut/vente/neige ?

La réponse est toute trouvée, direction le cinéma-poussette (traduction assez libre de Barnvagnsbio) !

Le principe, une salle est dédiée dans certains cinémas à la projection de films à l’affiche à destination des parents (du genre Argo ou james bond..). On entre avec sa poussette dans une salle faiblement éclairée où le son est un peu moins fort que d’habitude et bien entendu, une pause-café/allaitement/biberon/changement de couche au milieu du film…

L’entrée coûte le même prix qu’un billet adulte, le plus drôle restant la mention « pour les films interdits aux moins de 15 ans, seuls les enfants de moins d’un an peuvent assister à la projection »…

Norwegian wood

Le Norvégien, c’est le cousin sympa du Suédois, en plus riche et plus sportif, nageant ou pagayant dans ses fjords mondialement connus.

J’aime bien les Norvégiens. Tout d’abord parce que les Suédois sont jaloux de leur pétrole, de leurs montagnes et de leur première place dans tous les classements ayant trait à l’égalité homme-femme ou à la démocratie.

Ensuite, le Norvégien est toujours de bonne humeur, peut-être parce qu’il passe son temps à faire du sport, ski de fond, course à pied, escalade, you name it.

La langue norvégienne est un peu au suédois ce que l’alsacien est à l’allemand. La règle de courtoisie linguistique nordique est que chacun parle sa propre langue et évite certains faux-amis. Sinon, pour un Français vaguement suédophone, le norvégien est de loin plus facile à comprendre que le danois dont on dirait qu’il nécessite au préalable l’introduction de cailloux dans la bouche pour arriver à la bonne intonation !

Longtemps pris pour un peuple tout juste bon à s’user les mains à remonter des filets de poissons (cf. la pub Neutrogena) et à distiller de la gnôle artisanale, La Norvège a connu son indépendance en 1905 seulement, à la faveur d’un référendum pour lequel on a compté 368 208 oui (à l’indépendance) et…184 non.

La Norvège aux Kerguelen – Port Jeanne d’Arc

Les Suédois moquaient alors leurs voisins de l’Ouest, des pêcheurs ou paysans souvent forcés à l’émigration pour vivre. On en trouvera même pour construire et exploiter une usine d’huile de baleines et de phoques dans les iles Kerguelen – peut-être le seul coin de France à avoir un climat proche de celui de la Norvège – sous le pavillon de la compagnie Storm and Bull qui existe toujours à l’heure actuelle !

Les Norvégiens montreront leur courage durant la seconde guerre mondiale. La plupart des historiens s’accordent sur le fait que la résistance norvégienne, en sabotant les installations de production d’eau lourde de Vemork en 1943 , a définitivement empêché tout développement d’une arme atomique nazie par Hitler. Pendant ce temps, les Suédois étaient « neutres »…

Tout change au début des années 60 lorsque commence l’exploitation du pétrole et du gaz naturel. L’économie décolle sous l’effet de cette manne qui représente aujourd’hui 45% des exportations et 20% du PIB de la Norvège qui est créditeur net, ce qui signifie que le pays n’a pas de dette du tout. En clair, un triple AAA gravé dans le platine.

Oubliez un temps les magnifiques fjords de Norvège…

Je trouve formidable la clairvoyance des gouvernements norvégiens qui ont voulu éviter une surchauffe de l’économie (c’est-à-dire l’inflation) et le fameux «  syndrome hollandais », phénomène économique bien connu qui associe exploitation de ressources naturelles et déclin des autres pans de l’économie non reliés à cette ressource. Par ailleurs, les Norvégiens considère que le pétrole et le gaz sont des ressources finies qui doivent profiter aux générations futures, même après que la dernière goutte de pétrole fut pompée.

Ainsi, les revenus du gaz et du pétrole  générés par la compagnie pétrolière étatique Statoil (littéralement « le pétrole de l’état » si une quelconque ambigüité devait subsister) sont-ils placés dans un fond souverain géré par une agence issue du Bercy norvégien. Le fond est le plus grand d’Europe. Au 1er octobre, il s’élevait au chiffre astronomique de 514 milliards d’euros. Rapporté à la taille de la population française, cela ferait 6 168 milliards d’euros de trésor de guerre, sans dette…

La totalité de ce fond est investie à l’étranger dans des activités décorélées du pétrole. Les entreprises dans lesquelles le fond investit sont choisies par un comité composé d’experts financiers mais aussi de spécialistes de l’éthique et même de philosophes !  Gare à celles qui ont des activités ou un comportement incomptable avec les hautes exigences en matière d’éthique, mes anciens clients l’ont appris à leurs dépens. SAFRAN a été retiré en raison de son activité ayant trait à la fabrication d’équipements destinés aux armes nucléaires, EADS a subi le même sort pour exactement les mêmes raisons à cause d’Astrium et MBDA qui fabriquent les missiles de la force de frappe française. Même THALES a été un temps déclaré indésirable avant de cesser toute activité liée aux armes à sous-munitions, lui permettant de réintégrer le fond souverain.

Le pétrole de l’état, littéralement.

Les Norvégiens ont la classe, une prise fois la décision de retirer leurs billes, ils ne communiquent pas et désinvestissent par petits bouts pour ne pas impacter le cours de la société visée. Chapeau ! Et pour finir de dégoûter leurs voisins suédois, 98% de leur production d’électricité est hydroélectrique, donc renouvelable. Comme si le gaz naturel et le pétrole ne suffisaient pas, ils l’exportent également très volontiers, notamment vers le Danemark pour y compenser les coups de mou du parc éolien.

Le couple royal Haakon et Mette-Marit – le ridicule ne tue pas

Bon, avec tout ça, j’en vois déjà faire leurs valises pour Oslo et se connecter sur Norwegian.com (le troisième compagnie low-cost européenne après Ryanair et Easyjet) pour acheter leur aller simple. Alors qu’est-ce qui cloche et qui fait que la population n’arrive péniblement qu’ à flirter avec 5 millions d’habitants soit 14 habitants au km2 ?

L’heure de pointe norvégienne

Dans les petites villes de la façade ouest,  j’imagine qu’il est facile de mourir d’ennui pendant l’interminable hiver et les mois sans soleil…et ce n’est pas avec les merveilles de la gastronomie norvégienne qu’on peut compenser !


La Norvège semble en effet avoir découvert le poivre durant les années 90 mais se flatte d’être en Europe le plus grand consommateur de pizza par habitant, le signe sûr que quelque chose de grave se trame en cuisine. Quant au plat national, le « fålikål », littéralement  « l’agneau dans le chou », on ne peut imaginer recette plus simple : une marmite, de l’eau du chou et des morceaux de viande, faites bouillir trois heures et roule ! Le brunøst, fromage national a encore plus l’air d’être en plastique que le cheddar, un comble !

Pas sûr que le fålikål perce un jour en Europe continentale dans sa forme actuelle

Malgré les mesures anti-inflationnistes, un demi de bière coûte 10 euros et un repas au McDo dans les 15 euros…je ne préfère même pas vous parler du prix des hôtels ou d’une course en taxi.

Malgré les apparences, cela se mange, c’est même le fromage national norvégien

J’oubliais presque que les taxes et impôts sont encore plus élevées qu’en Suède, notamment sur les véhicules particuliers. C’est décidément une tradition nordique que de croire que les propriétaires de voitures sont tous de purs masochistes. Ces derniers sont frappés d’une taxe hallucinante de 180% de la valeur HT du véhicule, plus la TVA à 25% bien sûr. En clair, la même voiture vendue 20 000 euros en France coûte 49 000 euros en Norvège et je vous fais grâce des taxes annuelles, taxes de pneus cloutés, péages en tout genre à chaque pont ou tunnel…Mon collègue canadien basé près d’Oslo a toujours du mal à comprendre qu’un pays producteur de pétrole puisse être aussi sévère vis-à-vis de ses conducteurs.

Refusant obstinément à près de 80% de rejoindre l’union européenne, le peuple norvégien n’hésite pas à dévaliser en masse les magasins d’alimentation, d’alcool et de tabac situés en Suède de l’autre côté de la frontière. La différence de prix est proche de 25% et le volume des achats est tel que l’effet sur l’économie suédoise se chiffre à plusieurs milliards de couronnes par an.

C’est clair

Volontiers protectionniste s’agissant de la pêche et de l’agriculture, le pays a subi l’hiver dernier une pénurie de beurre au moment de noël…Hallucinant dans un des plus riches pays du monde. La société Tine qui a le quasi-monopole de la production et vente de produits laitiers a lamentablement échoué à répondre à la demande de son marché. Le Danemark et la Suède, habituellement écartés de ce marché par des taxes à l’import dissuasives, se sont amusés de voir ces Norvégiens riches comme Crésus devoir importer en catastrophe du beurre et ont en tout logique trainé des pieds pour leur en vendre…

Ah, et question musique, j’ai du mal à me souvenir d’un autre artiste norvégien qu’A-Ha et ses tubes des années 80 « Take on Me » ou « The Sun always shine on TV »…Faites-moi signe si j’oublie quelqu’un !

Allez, pour éviter une plainte du comité de promotion du tourisme norvégien, je termine sur une pub bien sympathique pour une des petites compagnies aériennes norvégiennes, c’est mignon comme tout…

Un clou chasse l’autre

Ça y est, la première neige est arrivée à Stockholm…et elle tient. Il faisait -17° hier dans le Norra Norrland, littéralement le nord du Nord (que les Dunkerquois se taisent) !

On va voir fleurir partout près des garages des panneaux proposant le changement des pneus de voiture à tarif défiant toute concurrence. En effet, le code de la route suédois impose les pneus hiver ou cloutés à partir du 1er décembre.

La plupart des Suédois stockent leur pneus d’hiver sur des jantes en tôle dans le garage ou dans un « hôtel à pneus » (Däckhotell). Il faudra d’ailleurs un jour que quelqu’un m’explique comment on trouve un semblant de rentabilité dans ce business…

Les pneus cloutés font l’objet d’une polémique récente en raison des particules qu’ils génèrent liées à l’abrasion de la route et certaines routes sont désormais interdites aux véhicules qui en sont équipés.

Effectivement, on ne peut nier le côté « Mad Max » qui sied parfaitement à une Volvo V70 des familles croisant tranquillement à 30 km/h au coeur de la capitale…

Mais la polémique épargne les vélos car oui, on trouve ici des pneus cloutés  !!!

La pratique de la petite reine ne saurait ici souffrir de l’hiver, pas même suédois.

Les Scandinaves ont bien du courage… je me tâte encore pour savoir si je vais également équiper la monture qui me sert à aller au bureau chaque jour.

Pas besoin de cadenas en hiver…

Comment j’ai souvent été questionné sur mon apprentissage du suédois, j’en profite pour enfin publier ce post dont le brouillon traine depuis longtemps. Il sera peut-être un peu rébarbatif pour ceux qui n’ont pas l’ambition d’apprendre à prononcer correctement « sjuksköterskeutbildning » ou « sjukvårdsupplysningen », que ces derniers se rassurent, le prochain post sera plus drôle.

Je ne parle ici que de ma propre expérience d’apprentissage du suédois en France. Pour celles et ceux qui veulent apprendre le suédois et sont déjà en Suède, je vous invite à lire ce billet d’une autre Française qui vit elle aussi à Stockholm.

Une combinaison qui a fait suer plus d’un prétendant à la langue de Gustav XVI…

Avant tout, que ceux qui viennent simplement visiter la Suède se rassurent, l’anglais est parlé dans tout le pays, même si la plupart des ainés se limitent à une discussion basique. Le niveau d’anglais des Suédois est très bon et ils sont plus faciles à comprendre que les Anglais ou les Américains car ce n’est pas leur langue maternelle et ils la parlent plus distinctement.

Ce fut ainsi que j’échangeais avec la famille de Linda et ses amis avant de débuter les cours de suédois. Si on peut ainsi dialoguer aisément – certains vivent plus de vingt ans en Suède sans apprendre la langue ! – il manque quand même pas mal de nuances, la conversation étant en quelque sorte aseptisée. Aussi, pour ceux qui ambitionnent de vivre dans le pays, il est plus que conseillé de se mettre au suédois.

La grammaire du suédois – langue germanique –  est bien plus simple que le français, les verbes ne se conjuguent pas et il y a très peu d’exceptions. En revanche, parce que c’est une langue très peu diffusée dans l’hexagone, ses sonorités sont surprenantes, d’ailleurs il est difficile au début pour une oreille française d’associer ce qu’on entend et ce qu’on peut lire.

Si vous voulez un exemple,  vous pouvez voir ce film sous-titré en suédois pour comprendre ce que je veux dire : http://youtu.be/LTH-WX4Sc4I

L’alphabet comporte trois lettres supplémentaires par rapport au français, « å » (prononcer comme « hoo !), « ö » (prononcer « heu ») et ä (prononcer « ai »). On les trouve à la fin de l’alphabet français après le z. Précisons enfin que le « ø » du danois et du norvégien n’existe pas en suédois.

Après un an de vie commune en France, j’ai demandé à Linda de m’apprendre le suédois, ce fut une catastrophe car elle basait tout sur l’oral et la répétition alors que j’ai grandi avec habitude de l’écrit (Bled, Bescherelle….).

Ce n’est qu’en 2007 que j’ai vraiment acquis les bases du suédois en 40h de cours particuliers, financés intégralement par le DIF (droit à la formation) de mon entreprise.

C’est non sans mal que j’avais convaincu les RH de valider ces cours, ils doivent cependant se féliciter de l’investissement aujourd’hui…

Mieux que chez Berlitz, le département formation a trouvé un cours au sein de l’université de Lyon 2, représentée par Kerstin, une prof extraordinaire. Nous nous rencontrions pour des séances de trois heures, initialement programmées le vendredi après-midi. Après le premier cours, j’ai sagement changé pour le lundi matin car je suis ressorti crevé de mon premier cours.

Croyez-moi, un cours de langue en face à face passé 25 ans, c’est fatiguant. En plus des cours et de mon job à temps plein, je préparais en même temps l’examen théorique de ma licence de pilote, autant dire que les soirées et les matins étaient studieux.

Tout ça vous rappelle de bons souvenirs, n’est-ce pas ?

Après ces quarante heures, j’ai continué à faire des exercices de grammaire, à essayer de lire la presse sur Internet et surtout, à écouter la radio via Internet et des podcasts de la radio suédoise : http://sverigesradio.se/p3/# .

Linda a toujours écouté en France l’émission du matin (Morgonpasset) sur le canal P3 et cela m’a bien aidé pour la prononciation, même si ce sont d’abord les cinq minutes du programme pour les enfants que j’ai commencé à assimiler…En bonus, c’est sans aucune publicité car chaine publique !

Les documentaires de P3 – d’une qualité reconnue – se téléchargent en podcast et sont excellents pour améliorer son suédois mais surtout pour comprendre la société suédoise et son histoire récente. Ils couvrent en une heure des évènements importants de l’histoire suédoise, aussi variés que la catastrophe de l’Estonia en 1994 ou l’attaque de la Kreditbanken en 1973 (où est né le concept du syndrome de Stockholm).

Kerstin trouvait que l’écoute de la radio avant de commencer les cours m’a permis de progresser plus vite car mon oreille s’était déjà faite aux sonorités du suédois. On peut aussi regarder la télévision sur internet avec SVT Play mais je n’ai jamais été trop télé et cela fait moins bosser les neurones. Nous avions investi à Lyon une Liveradio qui se connecte par wifi mais on peut aussi écouter P3 sur son PC.

Je ne parlais pas le suédois avec Linda à la maison en France (en Suède non plus d’ailleurs) mais nous regardions de temps en temps un film ou une série suédoise en DVD avec les sous-titres en suédois pour m’habituer à comprendre ce que disent les acteurs.

A Paris, j’allais une fois par semaine pendant 1h30 à l’Institut suédois pour des cours collectifs mais mon assiduité été limitée par mes fréquents déplacements professionnels et je n’avais pas le sentiment d’avancer aussi vite qu’avec Kerstin. Je recommande toutefois aux Parisiens car c’est un très bon rapport qualité-prix mais il faut s’y prendre à l’avance, les cours débutants sont pris d’assaut avant chacune des deux sessions annuelles !

J’ai eu différentes méthodes de suédois et manuels, je laisse aux spécialistes le soin de trancher laquelle est la meilleure. Il existe aussi des logiciels mais je ne peux en recommander, n’en ayant pas utilisé.

Je suggère en revanche fortement un ouvrage compatible avec toutes les méthodologies, l’imagier français/suédois avec 40 000 entrées, des planches et des éclatés d’à peu près tout (du TGV au placard de la cuisine…)

Pour résumer, voici mes trois conseils aux aspirants suédophones.

  • Ecouter dès que possible la radio suédoise
  • Privilégier les cours particuliers pour une progression rapide
  • Une fois les bases acquises, s’astreindre à lire un article par jour et à traduire les mots que l’on ne comprend pas

Lycka till (bonne chance) !

A la lecture du titre de ce post, j’en vois déjà certains tourner de l’œil et se dire que ma récente paternité m’a fait perdre quelques neurones.

Que nenni, il résume simplement nos récentes aventures administratives dont la rapidité n’a eu d’égale que la simplicité.

Notre petit Victor va faire son baptême de l’air en octobre à l’occasion de notre voyage dans le Sud de la France. Il a besoin à cet effet de sa propre pièce d’identité, passeport ou carte d’identité suédoise.

L’ambassade de France délivre bien sûr la version française de ces documents mais on m’y a fait comprendre que les délais d’acheminement via la valise diplomatique étaient plutôt longs et qu’en faisant la demande début août, rien ne garantissait que nous soyons en possession d’une CNI ou d’un passeport français avant le 2 octobre…

Bref, nous nous sommes vite rabattus sur un passeport suédois qui est ici délivré par la police.

On notera que le passeport suédois coûte le même prix que le français (350 couronnes soit 41,5 euros pour cinq ans contre 83 en France pour dix ans), la carte d’identité est en revanche payante et plus chère que le passeport, c’est pour cette raison qu’elle est quasiment inexistante. Cette logique suédoise m’échappe…

Le site de la police est remarquablement explicite et pour ceux qui auraient du mal à comprendre le processus, une accorte policière explique en détail les opérations dans un clip Youtube. Par exemple, qu’il faut bien penser qu’il peut être nécessaire d’attendre cinq jours ouvrés avant de recevoir son passeport…

La collègue suédoise de Marcel Patoulatchi « Pense que cela prend jusqu’à cinq jours pour recevoir ton passeport, sois prévoyant ». Arf !

De la même façon, il est fortement recommandé de réserver un créneau pour établir et retirer son passeport plutôt que de faire la queue. Et pour ceux ou celles qui préféraient tout de même poiroter, la police indique sur son site web en temps réel le temps d’attente aux différents guichets du pays…

Une fois sur place, inutile d’amener une foultitude d’attestations, originaux d’acte de naissance et j’en passe. Une simple pièce d’identité mentionnant le fameux personummer suffit au policier pour interroger le registre de la population, lequel contient toutes les informations nécessaires : lieu et date de naissance, adresse.

Nous nous sommes présentés à l’heure dite au bureau dans lequel nous avions pris rendez-vous. Un jeune flic, courtois et professionnel mais dont l’attitude clamait bien qu’il n’avait pas fait l’académie de police pour débiter à la chaîne des passeports aux nourrissons, s’est occupé de notre cas.

Aussitôt le formulaire tamponné et scanné ainsi que nos pièces d’identité (pas d’archives papier), nous sommes passés à l’étape photo. Au grand désespoir des magasins de photographies, les autorités suédoises ont en effet choisi depuis quelques années de privilégier la prise de vue sur place.

Edit : ce qui évite le déjà entendu dans une mairie française « la photo n’est pas conforme, on ne voit pas bien l’oreille droite. Revenez avec une photo correcte ». Ce qui implique alors de repasser par la case photographe (+10 euros) et de se taper à nouveau la file d’attente ou d’attendre de pouvoir reprendre un RDV dans les  mairies où cela se pratique.

En Suède, l’étape la plus complexe est d’arriver à prendre en photo un nourrisson de cinq semaines qui devra être assis à la bonne hauteur et les yeux bien ouverts face à l’appareil photo de la police. Alors que nous venions d’assoir le petit Victor sur un tabouret en lui tenant le cou, nous nous demandions bien comment faire pour qu’il regarde l’objectif.

Tout à nos réflexions, nous avons vu le policier ouvrir l’hygiaphone puis brandir, blasé et sans se lever de son siège, une espèce de manche à balai au bout duquel était fixé un singe en plastique brandissant de résonantes cymbales.

J’ai du réprimer un fou rire en voyant le flic agiter son hochet géant devant notre fils mais force est d’avouer que la méthode a plutôt bien fonctionné.

Après un RDV pris le lundi soir à 17h, nous avons reçu le mercredi matin à 9h un SMS avisant que le passeport était prêt à être retiré…Incroyablement rapide, d’autant plus que nous aurions pu choisir de le faire livrer dans n’importe quel poste de police du pays !

Pour la petite histoire, c’est SAGEM et THALES, deux géants français de la sécurité qui fournissent l’ensemble des systèmes d’édition des passeports, y compris le terminal de paiement par carte bleue.

Concernant ce dernier point, l’idée de devoir acheter un timbre fiscal dans un vulgaire débit de tabac semblerait totalement incongrue au Suédois moyen. D’ailleurs, le premier refusera certainement que vous payiez par CB comme ce buraliste de Courbevoie qui m’avait doctement déclaré « parce qu’avec les commissions qu’on paye à la banque, déjà qu’on s’emmerde à vendre ces timbres on va pas en plus perdre du fric ! »

L’alcool, ce fléau

Telle Ève, cette femelle s’apprête à croquer la pomme. Les ennuis ne vont pas tarder à suivre…

Chose promise, chose due, nous allons aborder ce qui est ici un sujet national de santé publique, à savoir l’alcoolisme de la faune suédoise.

Avant de vous expliquer en détail dans un futur billet les manœuvres compliquées requises en Suède pour se procurer légalement au Systembolaget ne fusse qu’une malheureuse canette de bière, permettez-moi d’étaler ma connaissance sur un sujet plutôt cocasse.

Je me vante un peu car après avoir étudié l’année dernière durant trois séances successives de cours de suédois le même article du tabloïd Aftonbladet (« un élan ivre terrorise les écoliers de Mölndal ») , je suis devenu expert en élan bourré. Ce lointain cousin suédois de Bison futé fait en général son apparition en septembre.

Un mâle barbotant dans la piscine de Ziad Takieddine

Peu farouche (mais assez stupide selon les Suédois), le plus grand des cervidés sillonne les vergers et s’enhardit à explorer les jardins pour y croquer de juteuses pommes dont certaines sont dans un état de putréfaction avancé. Pour ceux d’entre-vous qui n’ont vu de toute leur vie de vaches qu’à la porte de Versailles, un bref rappel des choses de la nature.

Le bon cidre qui accompagne votre galette dans cette excellente crêperie bretonne de Montparnasse est issu de la fermentation du jus de pommes. Cette fermentation ayant la particularité de se faire à basse température ( 5° à 15°, c’est-à-dire bien moins que le vin), il suffit qu’une pomme tombe de l’arbre, s’oxyde dans la bonne plage de température (garantie sur facture en septembre pour la Suède !) pour obtenir un début de fermentation.

L’odeur qui accompagne ce processus rend les fruits particulièrement désirables pour les élans qui en avalent de grandes quantités. L’alcool ingéré à cette occasion a des effets désastreux sur ces énormes bestioles qui dans le meilleur des cas s’endorment sur place et dans le pire des cas deviennent agressives.

Jusque-là, on peut faire le parallèle avec le comportement d’un échantillon-type de carabins faluchards. Ces derniers ont cependant plus rarement l’idée de s’endormir dans un pommier ou de somnoler devant une école maternelle en terrorisant les élèves par de furieux grognements et un comportement des plus imprévisibles (quoique…).

Vous rigolez bien dernière votre clavier ou votre Iphone mais imaginez qu’une bestiole qui pèse de 500 à 600 kg et dont le museau est surmonté d’un bois faisant jusqu’à deux mètres d’envergure fonce sur vous façon taureau de Camargue…

C’est en prenant son élan que la voiture a stoppé net (le conducteur est sain et sauf – merci Volvo !)

L’élan est apprécié pour sa viande savoureuse dont on fait de délicieux plats d’automne, moins pour sa capacité à traverser les routes en respectant la priorité.

On compte ainsi en Suède environ 30 000 accidents de la route par an liés aux élans. Ces derniers courent jusqu’à 50 km/h et sont comme fascinés par les feux de croisement des véhicules, sortant ainsi du bois juste au moment où passent les voitures.

La vitesse maximale est de 90 km/h hors autoroute et c’est certainement mieux ainsi car ces accidents sont heureusement rarement fatals aux conducteurs.

Voilà, vous pourrez désormais faire les malins avec vos amis la prochaine fois que vous dégusterez un sandwich au pain polaire et à la viande d’élan fumée chez IKEA…

La Suède, ses meubles en kit, ses Volvo et ses Saab, sa vodka Absolut…et ses féministes.

Peu satisfaites de vivre dans un des pays les plus égalitaires du monde, ces dernières s’en prennent régulièrement à la population mâle comme Gudrun Schyman, ex-dirigeante du parti « initiative féministe » principalement connue pour :

  • Avoir proposé de taxer spécifiquement les hommes pour compenser « des millénaires de machisme ».
  • Comparer en 2002 – sans plaisanter – la situation des femmes suédoises avec celle des Afghanes en matière d’égalité des genres…

Depuis, sa carrière politique est une succession de défaites, elle reste toutefois impliquée dans la vie locale de la petite ville de Simrishamn.

C’est là que se déroule le dernier drame féministe qui a conduit au retrait imposé de la banale publicité affichée sur une roulotte à hotdogs que voici :

Simrishamn a beau ne compter que 6 500 habitants, la municipalité rémunère à plein temps une « genuspedagog » (experte en genres) nommée Briten Dehlin dont je vous laisse lire les paroles rapportées par Ystads Allehanda :

« C’est une image sexualisée. Un exemple typique d’initiative non-réfléchie et une approche passéiste des genres dans le but d’attirer des clients ».

Evidemment, l’image incriminée a été retirée de suite par le propriétaire de la gargote sur injonction de la mairie mais les commentaires laissés par les lecteurs sont savoureux.

Morceaux choisis :

« Être experte en genres et casser les c….s à tout le monde est bien la seule ambition à laquelle on peut prétendre après un diplôme universitaire en sciences humaines ».

« Qui dit que ce n’est pas un mec maquillé sur la photo ? » [Certainement une référence intéressante à la comédie suédoise « Cockpit » qui narre les aventures d’un pilote de ligne travesti pour profiter de la discrimination positive à l’embauche]

« Qui paye le salaire de l’experte en genres ? Ha oui, nous ».

Le classique suédois

Les Suédois pratiquent volontiers bien des types de sport et excellent au niveau mondial dans un grand nombre de disciplines (hockey sur glace, athlétisme, golf et bien sûr les sports nordiques comme le biathlon, slamon, curling….).

No comment

 

C’est très vrai concernant ce dernier et vous pouvez en penser ce que vous voulez mais les Suédoises ont souvent décroché la médaille d’or aux JO. Comme quoi on peut être féministe et manier avec adresse le balai…

Les rigueurs de l’hiver scandinave rendent parfois hasardeux les entraînements extérieurs, ce qui explique qu’on trouve ici un nombre incroyable de salles de sport. C’est pourtant au contact de cette nature qu’ils aiment tant que les Suédois(e)s les plus sportifs testent leur forme dans une sorte de quadrathlon étalé sur toute l’année, j’ai nommé le célèbre « Classique suédois » ou Svensk Klassiker dans le texte.

Une médaille très convoitée mais pas donnée à tout le monde

Depuis la création du titre de Svensk Klassiker en 1971, 23 486 personnes dont 4 959 femmes ont décroché ce diplôme. 10 personnes l’ont fait à 25 reprises ou plus ! Les plus motivés réussissent les quatre épreuves en un temps cumulé inférieur à 24 heures.

Pour prétendre à ce titre et à la médaille qui l’accompagne, il faut avoir terminé dans leur totalité durant la même année quatre épreuves (au sens littéral du terme) sportives. On notera l’exploit de trouver dans le même pays les quatre plus grands évènements sportifs de leur genre dans le monde en nombre de participants.

Explications :

Vasaloppet : 90 km de ski de fond

Tout comme le marathon, cette course de ski de fond d’endurance a sa légende. En 1520, le jeune noble Gustav Ericsson Vasa, fuit en plein hiver les troupes de Christian II, Roi du Danemark, responsable du massacre d’une bonne partie de l’aristocratie suédoise y compris les parents de Gustav Vasa. Il tente en vain de susciter une rébellion en haranguant les habitants de la ville de Mora.

En route vers la Norvège où il espère trouver refuge, il est rattrapé dans le village de Sälen par deux frères qui ont skié les 90 km les séparant de la ville de Mora pour lui annoncer que la population a finalement décidé de se rebeller et de lui demander d’en prendre la tête (inquiets dit-on des rumeurs courant sur un impôt que les Danois entendaient lever – déjà !). Gustav Vasa fut couronné roi de Suède trois ans plus tard après avoir défait Christian II, la Suède a depuis toujours été indépendante.

Le départ de la Vasaloppet, pire que la file d’attente des remontées mécaniques de Tignes pendant les vacances scolaires de la zone C…

Aujourd’hui, l’exploit est commémoré par une course qui se déroule le premier dimanche de mars et a regroupé en 2010 le nombre hallucinant de 50 553 participants ! 

Bien que l’objectif de la plupart soit simplement de finir la course, les champions effectuent les 90 kilomètres en moins de 4h (record à ce jour, 3h38 soit presque 25km/h, essayez déjà de le faire en vélo…)

Pour tenir le rythme, des stands de ravitaillement à intervalles réguliers servent nourritures et boissons, dont la célèbre soupe de myrtille. C’est une véritable épreuve d’endurance, le climat froid, souvent venteux et neigeux ne facilite pas la tâche des skieurs, d’autant plus que le nombre de participants ajoute à la difficulté, bien que le départ se fasse naturellement par vague pour écluser les dizaines de milliers de skieurs.

 

Vätternrundan : 300 km de vélo

Littéralement « le tour du lac Vättern », cette épreuve consiste tout simplement à boucler à vélo le tour du plus grand lac de Suède, d’une circonférence d’environ 300 km. Cet évènement attire plus de 15 000 cyclistes, ce qui en fait la plus grande course cycliste de loisir du monde.

Il n’y a pas de classement d’arrivée, seul le temps de chaque participant est publié. Les départs se font là aussi par vague et ont la particularité de se faire pour la plupart en soirée, ce qui signifie que les cyclistes roulent la plupart du temps de nuit, même si cette dernière est courte à cette saison.

Cette course « de loisir » n’en mérite pas vraiment le qualificatif. Si le parcours est relativement plat, la distance est longue, même pour des cyclistes entraînés (Le Paris-Roubaix ne fait que 257,5 km). Le climat suédois de la mi-juin réserve bien des surprises, pluie et vent sont souvent au rendez-vous et il n’est pas rare qu’il fasse dans les 7-8 °C durant la nuit.

Imaginez-vous en selle à pédaler non-stop dans la pénombre pendant 10 à 15 heures …Une course de loisir, n’est-ce pas ?

 

Vansbrosimningen : 3 km de nage

 

Une fois de plus la Suède s’enorgueillit d’organiser la plus grande compétition de natation en extérieur du monde. Le premier dimanche de juillet, près de 13 000 nageurs se jettent à l’eau pour nager deux kilomètres dans la rivière Vanån suivi d’un dernier kilomètre dans son affluent, la rivière Västerdalälven. Particularité de ce dernier kilomètre, il s’effectue à contrecourant, histoire d’ajouter un peu de difficulté des fois que l’eau à 16°C ne suffise pas à fatiguer les nageurs…

Le départ. Quoi de mieux que d’attendre dans le courant d’une eau à 16°C pour s’échauffer ?

A noter que ce n’est qu’en 1982 que les combinaisons en néoprène ont été autorisées pour la première fois, les puristes considèrent que l’évènement a depuis perdu un peu de son âme…

La course est très populaire et couverte en direct par la télévision nationale. A cette occasion, la population du village de Vansbro est décuplée jusqu`à 40 000 personnes, les spectateurs étant présents le long de la rive. On imagine l’embouteillage monstre une fois la course terminée.

Lidingöloppet : 30 km de course à pied

Lidingö est une grande presque-île de la banlieue est de Stockholm sur laquelle pullulent les villas. L’endroit est très populaire car boisé et sillonné de nombreux sentiers, ce qui en fait un lieu de balade idéal.

Le dernier weekend de septembre s’y déroule la plus grande course à pied du monde sur sentier (cross-country ou terränglopp), rassemblant en 2010 plus de 43 200 coureurs.

 

La distance n’est pas extraordinaire comparée à un marathon qui fait 42,1 km mais le profil de la course est difficile avec de nombreuses montées et descentes sur un sol facilement boueux en cas de pluie.

La côte mythique d’Abbhorrbacken au 25 km épuise les dernières forces des coureurs, ceux qui ont couru le Paris-Versailles et sa fameuse côte des Gardes comprendront…

Cet évènement termine le plus souvent l’année sportive suédoise. Il est temps après un peu de repos de reprendre le chemin du club de sport et de préparer ses skis de fond pour les premières neiges…

Vasaloppet commence dans moins de six mois !

Ragga-quoi ?

Bon, maintenant que l’article « sérieux » sur Midsommar est paru, j’entame une série plus amusante sur la Suède qui cache bien son jeu, celle où les filles ont les cheveux couleur huile de vidange et où même les animaux sauvages sont sujets à l’ivresse…

Lors de ma première visite en Suède début 2005, un blanc manteau recouvrait toute la Scandinavie, retardant ainsi inconsciemment  ma découverte du mouvement Raggare de quelques mois. En effet, ce phénomène local dont j’ignorais tout ne donne sa pleine mesure qu’une fois l’été venu.

Plus tard en juillet, alors que nous roulions paisiblement à une vitesse plus que légale, une Chevrolet Impala nous dépassa à assez vive allure. Je ne me souviens plus si j’ai alors été plus choqué par l’apparition de cette vénérable voiture américaine des années 50 au milieu des Volvo break que par le bel excès de vitesse.

La belle image d’un véhicule d’époque fendant l’air de ses chromes véritables était toutefois assombrie par le fait que la banquette arrière de la Chevrolet était occupée par trois énergumènes dument tatoués, bardés de cuir et sirotant de la bière.

Je venais tout simplement  de voir ma première « Raggabil », c’est-à-dire la voiture d’un Raggare, terme légèrement péjoratif qui désigne le Jacky local, adepte de voitures « tuning ». Les anglo-saxons parlent tout simplement de white trash.

Deux beaux Raggares

Si l’on en croit la page suédoise de Wikipedia, le mouvement Raggare est une sous-culture principalement diffusée dans les zones rurales et les petites villes. Il s’organise autour des voitures américaines des années 50 à 70, souvent remplacées par des ersatz européens (Opel et Mercedes) déguisés faute de moyens.

C’est typiquement le passe-temps de types pas très futés qui n’ont rien à faire des longues nuits d’hiver, surtout dans le Nord de la Suède où le soleil ne se lève pas du tout en Décembre :).

On reconnait facilement le Raggare à ses attributs :

Sa voiture bien sûr…et le choix subtil de son proche entourage

La grosse paire de dés en peluche et le Wunderbaum (sapin magique) senteur vanille qui pendouille du rétroviseur en multiples exemplaires. St-Otto est optionnel

Le drapeau des états confédérés (signe de ralliement à connotation fortement raciste des états du Sud des Etats-Unis faut-il le rappeler…)

Attention, contrairement à son cousin du Pas-de-Calais, le Raggare ne s’épuise pas dans la quête éternelle d’un caisson de basse rivalisant avec le bruit d’un réacteur de Mirage 2000 ni dans de louches bricolages pour tenter de donner à sa 206 diesel les performances d’une Formule 1.

Une vielle Américaine dans laquelle ses copains pourront boire de la bière et occasionnellement forniquer avec une accorte Raggarette sur la large banquette arrière suffit au bonheur du Raggare.

Bien entendu, de grandes messes du style Raggare sont organisées un peu partout en été et permettent de quitter le  bled paumé où vit habituellement le Raggare.

Le pèlerinage Raggare : le Power Big Meet…tout un programme !

Ceci dit, on reste en Suède. Si le Raggare enfreint volontiers pour une courte durée les limitations de vitesse, jamais le conducteur ne conduira sous l’influence de l’alcool…

Je ne peux décemment pas passer sous silence ce qui s’est passé ce 22 juin, la célébration du jour le plus long de l’année (equinoxe d’été) qui porte le doux nom de Midsommar.

Midsommar, c’est après Noël la plus grande fête de l’année, sans cadeaux cette fois-ci. Pour les touristes qui ne connaissent personne, c’est juste le pire moment pour visiter la Suède car tout le monde a rejoint la campagne ou l’archipel et même IKEA est fermé, oui, vous avez bien lu ! Au pays où  les grands magasins sont tous ouverts chaque dimanche, c’est tout sauf symbolique.

Je ne m’étendrai pas sur les origines de Midsommar, tout est expliqué ici . Retenez juste que c’est une fête païenne très ancienne et qui date largement d’avant la naissance du Christ.

Tout commence au début de la semaine, les conversations de la pause café s’orientent vers la fête à venir. Chacun est prié de décliner où et avec qui il entend célébrer. Plusieurs écoles s’affrontent autour des deux questions principales : en famille ou avec des amis / dans l’archipel ou à la campagne (partout sauf en ville !). On remarque que les horaires de travail s’allongent imperceptiblement pour anticiper le départ du jeudi.

Le mercredi, les Suédois font le plein et dévalisent consciencieusement les magasins, surtout le Systembolaget qui détient l’exclusivité des ventes d’alcool pour toute boisson plus forte que 3,5%. J’y reviendrai dans un futur post.

Le jeudi, la tension monte, le déjeuner déjà rapide habituellement est expédié en deux temps trois mouvements. Dès 15h, les collègues défilent devant ma porte pour me saluer de l’inévitable « Glad Midsommar ».Je rejoins moi aussi le mouvement direction Långgarn. Dans notre quartier, les retardataires chargent le coffre des Volvo de victuailles, surtout liquides. Les routes sont presques désertes à Stockholm alors qu’il est à peine 17h, l’heure de pointe est déjà passée.

Arrivé au port, c’est l’effervescence avec des voitures et des bateaux dans tous les sens, chacun entassant les provisions direction les îles de l’archipel de Stockholm.

Le vendredi est férié en Suède, c’est Midsommarafton (par opposition au samedi qui s’appelle Midsommardagen).

Dès le vendredi matin, chacun s’affaire à préparer la fête qui va battre son plein l’après-midi. Le plus important est de décorer avec des feuilles et des fleurs fraîchement cueillies le mat de Midsommar qui sera dressé au centre d’une clairière.

Le repas du midi fait une large place aux harengs marinés sans lesquels une fête ne saurait être complète en Suède. Les mélanges les plus classiques (moutarde, crème aigre…) se complètent ces dernières années par des innovations plus contemporaines, vodka et citron vert par exemple.

On retrouve bien sûr les inévitables boulettes de viande maison, les pommes de terre nouvelles, le saumon sous toutes ses formes (fumé à froid et à chaud, mariné…) ainsi que de petites saucisses au faux air de boudin antillais appelés « Prinskorv ».

Pour arroser cette grande oeuvre gastronomique, la bière coule à flots ainsi que le « nubbe », surnom affectueux pour les eaux de vie suédoises aromatisées à l’aneth, au cumin ou au fenouil…

Personne dans ma belle famille n’aime vraiment cette dernière délicatesse mais tout le monde respecte la tradition qui veut qu’on chante un court refrain entre chaque gorgée.

Cette année, même Linda n’a pas pu y couper du fait de sa grossesse, une âme généreuse lui ayant offert des versions sans alcool malheureusement laissées au congélateur toute la nuit avec le résultat que vous pourrez découvrir ci-dessous…

Après les agapes, il est temps de rejoindre la fête et de danser autour du mat, adultes comme enfants, au son du violon qui joue « små grodorna », signal qu’il est temps de danser en minant une grenouille tout en croassant (et croyez moi, ce n’est pas si simple après un repas bien arrosé).

Une fois la danse terminée, on retombe dans une ambiance bon enfant de fête de village autour des stands où petits et grands testent leur adresse au tir à la carabine (pour gagner dans l’ordre, whisky, vin et bière…) ou à l’anéantissement d’une pyramide de boites de conserve vides.

Le soir, les survivants rejoignent les festivités nocturnes qui reprennent façon bal du 14 juillet.

Bien entendu, la pluie est souvent de la partie, à tel point qu’on parle ici de « temps de Midsommar » pour décrire un mélange de soleil et d’épisodes pluvieux, si possible pile au moment où dansent les petites grenouilles…